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Un nouveau modèle de Start-up et … de Business Angel ?

L’essentiel du texte qui suit est repris de l’article de Steve LOHR « Le modèle de la start-up s’étend à toutes les industries » paru dans la sélection hebdomadaire de «The New York Times » offerte par LE FIGARO du 17 décembre 2011.

Cet article inspire quelques réflexions sur les pratiques des porteurs de projets et des business angels que l’on constate actuellement en France.

En effet, depuis trois ou quatre ans on observe à la fois une montée des levées de fonds recherchées par les porteurs de projets (avec augmentation corrélative des valorisations) et une exigence croissante de la part des business angels en termes de viabilité du projet, même pudiquement exprimée sous le terme de « proof of concept ». Les uns comme les autres cherchent, en principe, à minimiser leur risque : panne de trésorerie et marché inexistant. Soit.

Mais cette escalade, si elle devait se poursuivre, n’irait-elle pas à l’encontre des fondements mêmes du couple Start-up/Business-angel ?

Voici ce que dit l’auteur de l’article à propos d’un jeune créateur :

« Sa start-up illustre bien les dernières orientations de la Silicon Valley, l'épicentre mondial de l'innovation. Au fil des ans, elle a montré une agilité économique inégalée, sautant d'un secteur porteur à un autre, de l'électronique militaire à l'Internet, en passant par les galettes de silicium et les PC. Mais aujourd'hui elle est moins axée sur une branche particulière de l'industrie que sur l'innovation technologique continue et son champ d'action s'élargit. […]. »

« La différence, ici, c'est que nous avons trouvé une méthode quasi scientifique pour réinventer business et industries, plutôt que simplement sortir des "produits", explique Randy Komisar, partenaire d’une grande société de capital-risque[…], chargé de cours en entreprenariat à Stanford. "Cette approche est beaucoup plus systématique qu'il y a quelques années", ajoute-t-il. »

« Dès sa création, le tout nouveau modèle de start-up est fondé sur le schéma : hypothèse-expérience-essai sur le marché ; une rupture brutale avec rapproche traditionnelle : business plan - objectifs financiers - fabrication du produit fini - démarrage, en croisant les doigts que ça marche ! »

« La formule souvent retenue aujourd'hui est celle de la "lean start-up", à structure légère. […]

Cette approche met l'accent sur la mise au point rapide de produits "de viabilité minimale", des prototypes low-cost présentés au consommateur pour, étudier sa réaction et être ensuite améliorés. Autre caractéristique : la souplesse. On teste les modèles et les idées et on supprime sans pitié ce qui ne marche pas pour passer aux plans B, C, D, etc. Cela s'appelle le "pivoting".»

[…]

« Le modèle de la « lean start-up » de la Silicon Valey influence les-écoles de commerce. Ce printemps, les matières imposées aux 900 étudiants de première année de la Harvard Business School incluent la création d'entreprise. Des équipes de six recevront 3 000 dollars `pour créer une start-up qui devra faire recette à la fin du semestre, explique Thomas Eisenmann, en charge du programme. »

[…]

« La plupart des start-up déposent le bilan. Plus que partout ailleurs peut-être, les investisseurs et technologues de la Valley ont tendance à considérer l'échec avec une certaine objectivité scientifique; comme si les revers étaient des outils heuristiques conduisant à d’autres recherches et par conséquent, à d'autres découvertes. "Pendant 70 ans, la Valley s'est constitué une culture qui ne personnalise pas l'échec, remarque M. Komisar. Si l'on n'est ni malhonnête, ni idiot, ni paresseux, on voit l'insuccès comme un apprentissage : on en tire les enseignements, et on les applique."

Ce nouveau modèle bouleverse le comportement des créateurs comme celui des business angels.

Il s’agit d’un vrai changement de paradigme :

§  pour le créateur : conception du produit ou du service sous Analyse de la Valeur (80% des fonctions pour 20% du coût), économie d’investissements (de besoins en capital, plus généralement), offres aux marchés de versions successives d’un « pseudo-produit » avant d’arriver au produit commercialisé,

§  pour le business angels : découverte du créateur très en amont, pari sur son idée et sa personnalité, mise au jeu de petites sommes étape par étape, suivi de près des retours d’expérience, investissement fort dès que les signaux du marché sont positifs ou abandon, si possible plus tôt que plus tard.

Nous sommes loin des pratiques actuelles des réseaux de B.A. :

ž   récolte des projets rarement proactive,

ž   présélection fondée sur le principe de Boileau : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement/ Et les mots pour le dire arrivent aisément » (est-ce suffisant ?),

ž   pitch sans retour d’expérience (qu’avons-nous raté ?),

ž   instruction expédiée en trois ou quatre semaines, souvent insuffisamment approfondie,

ž   après présentation : nombreux investisseurs potentiellement intéressés, qui ne se connaissent pas, pour faire face à des levées inaccessibles à deux ou trois,

ž   préparation du closing à 10 ou 15 BA de plusieurs réseaux : lente, complexe et chronophage pour tous.

La poursuite dans la voie actuelle, qui se rapproche des pratiques des fonds sans en avoir la rigueur, débouche sur une complexité croissante qui se manifeste, parfois, jusque dans l’accompagnement du créateur par son comité stratégique (même réussi, ce qui n’est pas évident, il laisse frustrés certains des BA qui ne se contentent pas d’être des sleepings partners).

Mais, au fait, n’existe-t-il pas des petits groupes d’amis, anonymes, « gros » business angels jouant ce jeu grâce à leurs relations d’affaires. Pourrait-on compter certains Family-offices parmi eux ?

C’est le point de vue de Sirius qui s’exprime ici. Peut-être mérite-t-il réflexion, voire un début de retour à la modestie, de « repositionnement », pour nos Réseaux. Ce qui n’est pas facile pour des questions « d’image » et plus encore de financement du fonctionnement.